vendredi 17 avril 2009

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Inès, toute jeune mariée et un peu naive de son état, me faisait un résumé sur un colloque où Yves Cochet horrifia son audience en déclarant qu'un enfant européen avait «un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York» en avion. Et voilà comment toute l'édifice bio s'effondre soudainement.

Jusqu'à présent, personne ne faisait le lien entre enfant et environnement. Tandis que l'ère - air ? - est au vert, tout le monde se doit de marcher d'un pas, droit dans ses sabots made in Massif central, épi de blé mûr au bec. Et voilà qu'un vert nous annonce que la bête est en notre sein.

Alors tout notre système dogmatique prend fin à cause de nos enfants, à ceux-là à qui nous voudrions laisser une Terre propre. Ils sont la cause de leur perte. Terrible de se le dire et pourtant. Les couches culottes jetables sont parmi nous, achevant notre perte tandis que nous rachetions notre âme en mangeant du quinoa et en s'habillant d'un tee-shirt en coton équitable qui gratte horriblement - sans nous arranger forcément la ligne !

Car un bambin coûte cher, surtout le premier. Il est le plus gâté, pas que ce soit le préféré, mais comme un iPod ou une voiture, il est tout neuf, et il le faut les outils assortis: un berceau neuf, une poussette neuve, des biberons neufs, des vêtements neufs. Ces grenouillères qui durent deux mois, parce qu'ensuite le petit a déjà grandi. Que dire des forêts arrachés pour ses livres.

Avec le premier bébé, on se sent gaga et on se fout bien de la nature. Ce qui compte, c'est notre bonheur et il passe par l'achat tout azimut. On se plaît à déambuler dans les magasins de jouets, à être parents au parc d'enfants. Que de dépenses, de consommations néfastes pour la planète! Ajoutez à ça les grands-parents — le pire car no limit pour le premier petit-enfant !

Regardez les photos. Avec le nouveau, ça flashe dans tous les sens. Les parents s'extasient niaisement sur la beauté du bambin (même gros et moche). Ils le prennent en photos à chaque étape de la vie. Imaginez que l'enfant se prénomme Martine, alors vous avez la série Martine dans son bain, Martine au parc, Martine et sa purée de carotte qui dégouline, Martine fête son anniversaire, Martine se chope un rougeole, Martine se la joue pin up...

L'avantage — pour les aînés, et non pour la planète — c'est que dans la réalité, cette attention se traduit par une consommation accrue. Tant mieux pour l'économie.

Comme je n'ai pas d'enfant, je peux me permettre des trajets Paris-New York ?